SCENARYO

09jtm

(cet épisode n'est pas corrigé)

Juliane,

 

Je ne sais pas par quoi commencer. Je ne peux pas m’arrêter de penser à toi. Je ne veux pas accepter ce que tu as fait. Abandonné par toi, cruellement seul, face à moi-même. J’ai encore le goût de ta bouche et je suis à la fois vide de toi et rempli de mes larmes. Je suis malgré tout plein de toi et je ne crois pas à ta mort, ni maintenant ni jamais. Je me dis que c’est un jeu macabre et que tu vas réapparaître là devant moi en me demandant pardon. Je me persuade que je suis dans un de mes délires et je me décourage d’être quelqu’un de bien. Je m’invente cette souffrance pour me punir de ne rien avoir compris. Nous sommes deux impossibles, nés sous une même étoile presque brillante. Je ne peux pas te décrire comment je suis tellement je suis un autre aujourd’hui. Je ne veux pas t’écrire, je veux être avec toi, près de toi, te sentir, te voir et ne rien manquer de toi. Je ne veux pas admettre. Je veux juste arrêter de pleurer. Je veux juste revenir un peu en arrière, juste au moment où tu vas m’embrasser.

 

Avec cette arrogance si délicieuse dont tu sais joué. Tu es là face à moi. J’ai la tête dans un ailleurs que tu habites affectueusement. Je sais que nous jouons avec le feu depuis tant d’années, dépassant toutes les troubles que le temps a imprimé en nous et que la vie nous a imposés. Tu t’approches toujours trop près, pourtant ça me plait ! J’aime ton insolence et cette façon que tu as d’être toujours plus. Dans cette maison qui ne te ressemble pas avec cet homme qui n’a jamais été l’ombre du moindre amour pour toi. Il lui fallait quoi ? Une fille sublime pour parfaire le décor de sa vie. Alors que pour moi tu es là, je sens ton parfum si familier, celui de ta peau sans artifice. Tu danses presque devant moi avec ton verre dans les mains. Tu trempes tes lèvres dedans et tu me le donnes. J’ai déjà trop bu mais au milieu de tous ces inconnus, je préfère tout oublier, ta maison de riche et ton mari incapable de t’aimer. Alors je bois. Je pose mon verre et tu en profites pour t’approcher plus encore. Tu fais semblant de danser avec moi.

 

Semblant ! Notre vie est un semblant dissimulé sous la surface d’une piscine. Je fais semblant de vivre. Tu fais semblant d’en rire. Il fait semblant d’être là. Nous faisons semblant sans embarras. Vous faites semblant de ne rien voir. Ils font semblant d’y croire.

 

On s’en fout des autres et de leurs principes, nous sommes presque ensemble, presque depuis toujours, presque et plus encore. Alors pourquoi ce regard qui me fait penser que tu es malheureuse. Pourquoi tu te rapproches de mon visage ? Pourquoi je suis fasciné ? Ta bouche sur la mienne pour la première fois. J’ai l’idée de te prendre dans mes bras et de te serrer comme jamais je ne t’ai serré contre moi. J’ai l’idée et je ne le fais pas. Tu sais, je suis comme détaché de mon corps, spectateur de ce plaisir intense. Ce plaisir qui je sais, n’existe pas. Tout ceci n’a pas eu lieu, ni le baiser, ni la lettre, je ne sais pas pourquoi je m’invente tout ceci. Tu ne peux pas savoir comment, là, tout au fond de moi, j’ai cette impression d’avoir le mauvais rôle.

 

Je suis moi. Maman, je suis juste moi.

 

J’ai encore l’idée de te serrer fort et tout c’est enchaîné. Je suis debout mais je sais que j’ai perdu connaissance. Tu es par terre et je suis dans un état proche de celui que j’ai connu du haut de mes cinq ans. Tu es là immobile et je ne réagi pas, je suis juste complètement détaché de cette fille qui je crois m’a embrassé, elle ne bouge plus. Je vais me déplacer, je vais te prendre tout contre moi. Je vais te parler et te dire toutes ces choses qui font notre vie depuis nos toujours sans nos presque. Mais je me réveille dans un lit d’hôpital avec dans la tête une vérité abominable.

 

Cette chose là est impossible.

 

Hymne mortelle Juliane !

 

Comment te répondre sans subterfuge et sans sacrifier ce qui reste de nos vies ? Je vais le faire car je n’ai pas accepté ta mort. Je vais le faire comme si tu étais là devant moi, comme s’il devait s’agir de notre dernière fois. Tu as oublié que je ne sais pas faire le deuil. Je crois aussi que tu n’as rien compris à ce que tu es et à ce truc magistral qui quoiqu’il arrive nous réunira toujours. Toi qui a cinq ans est venue me rejoindre dans ma solitude, tu crois que j’étais pas assez grand pour ressentir cette chose édifiante que certain nomme amitié. Mais tu ne pouvais pas être mon amie puisque tu étais une fille et moi un garçon, c’est ainsi que tout le monde juge l’amitié. Oui tu fus bien plus dès le début. J’étais loin de me douter que plus jamais nous allions nous séparer. Oui, j’ose le plus jamais ! Tu sais, comme ces couples idiots qui font le serment des mots sans saveurs devant un dieu qui ne les écoute même pas. Depuis ce jour là tu pouvais être tout sauf mon amie. Je crois sérieusement qu’à cet instant là tu as pris ma vie entre tes petites mains. Tu l’as prise et j’ai très consciemment donné mon accord pour t’offrir ma vie. Je pense qu’au bord de cette mer, dans le sable à nous étions tous les deux à genoux, devant tous ces inconnues, devant nos parents qui devaient nous regarder avec les yeux du bonheur. Je t’ai dis oui. Oui, Juliane, prend ma vie, elle est à toi, oui je veux partager avec toi des choses hors du commun. Tu penses certainement que j’exagère mais c’est la vie qui a exagéré avec nous. Nous étions trop jeune et trop naïf. Comment à cinq ans, peux t’on vivre aussi fort un sentiment dont les adultes ce réservent l’intégrité tout en revendiquant la seule compréhension. Moi je l’ai fait. Moi cette petite chose si chétive et si timide, oui je l’ai fait ! Pour preuve cette gravure sur le pendentif de ma mère, celui que tu connais si bien puisque tu l’as porté durant des années. Tout comme moi tu as cru que cette phrase avait été gravée par mon père pour la dédiée à celle qu’il aimait tant, ma maman. Ce jour là, elle n’en a pas cru ses oreilles ! « Je veux être un toujours avec elle » et c’est toi que j’ai montré du doigt. Je ne sais pas pourquoi ma mère ne m’a rappelé ce souvenir bien plus tard, bien trop tard. Je ne sais pas non plus pourquoi c’est devenu pour moi un secret. Mais quand ma mère m’a donné ce pendentif, il était évident que tu devais le porter autour de ton cou. J’ai pleuré dans tes bras ce jour là. Le jour ou un père me manquait tant. Orphelin une fois et orphelin de toi. J’ai envi de te dire que je ne te crois pas. J’ai envi de ne plus pleurer de toi. J’ai envi de connaître la vraie vérité. Celle qui un jour t’a fait penser que mourir était une solution. Quelque chose à gâcher notre histoire, crois-tu que mon silence est une raison suffisante pour mourir ? Crois-tu que mourir me rendra heureux ? Faut-il être totalement déconnecté de la réalité pour savoir et pour comprendre que quelque chose à gâcher notre vie. Quelque chose ou quelqu’un à dévorer nos espérances, peut être s’agit-il de ma mère avec ses fondements très « vieille France » Peut être que ton père était trop protecteur et trop proche de moi. Peut être que cette étiquette de fils qu’il n’a pas eu a pourri l’inspiration et la respiration de notre amour.

 

Comment je fais pour te parler sans te haïr et sans ainsi trahir ce que nous sommes ? Je ne sais pas. Comment je fais pour être debout alors que tu n’es plus ici ni nul part ? Pourquoi tu n’es plus là ? Pourquoi tu es morte ? Et pourquoi ton corps a disparu ? Je n’en sais rien. Comment je fais pour croire que pouvoir et espoir existe sans un morceau de toi là maintenant ? Je n’en ai aucune idée. Tout ce que je sais c’est que ce n’est pas la culpabilité qui réside en moi, c’est une absurde envie de tout réparer. Je ne suis jamais resté aussi longtemps sans un fragment de toi, sans le son de ta voix ou sans un rendez-vous avec toi. J’ai peur d’oublier tout ça, tes yeux, tes rires, ta peau contre la mienne.

 

Tactile et fragile, nous resterons les amants d’un univers qui n’a pas vécu. « Je t’ai embrassé avec cette énergie car c’est ce qui manquait à ma vie » Cette phrase résonne comme ses cornes de brume que l’on entend dans la nuit. Elle me hante car je sais à présent que j’aurai dû tout faire pour vaincre nos obstacles. Je cherche encore toutes ces choses imprimées en nous qui nous ont transformés en deux êtres n’osant pas offrir à l’autre l’amour. Tu imagines toutes ces heures que nous avons passées ensemble, toutes ces années que nous avons fusionnées ensemble avec l’incohérence de tous ces non-dits.

 

Je voudrais relire encore et toujours ce que tu m’as écris. Comme toi j’ai vécu à douze ans dans cette piscine des minutes fascinantes, je ne sais pas si ce sont tes mots mais il y a quelques heures je te cherchais. Comment ai-je fait pour tout oublier, tes sentiments, les miens j’ai même retrouvé un souvenir effacé. Celui d’un accident où bien était-ce quelque chose d’assez marquant pour n’en conserver que l’unique goût du secret ? Tout ce que je sais c’est que cette nuit là j’aurais dû. Tout ce que je sais aujourd’hui c’est que je n’ai pas pu. Tout ce que je cherche c’est pourquoi ? A combien de question faudra t’il que je réponde pour avoir toutes les clés ? Et quand bien même je pourrais répondre, il me manquerait l’essentiel de toute ma vie. Toi Juliane.

 

« Pourquoi nous en sommes arrivés à tout cela ? Pourquoi nous ne nous sommes pas autorisés de faire ce que tous les gens font puisque nous l’aurions fait différemment ? Pourquoi je n’ai pas tout fait pour changer les choses ? » Moi j’aurai les réponses à tes questions !

 

Je ne sais pas si toutes ses larmes vont me permettre de dépasser ma colère. Pourtant je ne suis pas en colère contre toi, puisque je me sens si responsable. Comment veux tu que je dépasse cette culpabilité ? Tu es coupable alors je suis coupable. Le pardon viendra où il ne viendra jamais. Le pardon est une chose subtile que je ne connais pas avec toi car je n’ai rien à te pardonner. Cette chose horrible que l’on a accomplie sur toi n’a aucun sens. Ce suicide ressemble à un meurtre. Tu n’aurais jamais commis tout ceci. A qui en à tu parlais ? Qui a supprimé ton corps et pourquoi nous avoir volé ce que nous appelions tous les deux les derniers sacrements vulnéraires…

 

Ne t’entends pas à une déclaration ici. Non pas que tu ne là mérites pas. Bien au contraire, mais j’ai trop de questions sans réponses. Je suis le coupable idéal. D’abord pour ton idiot de mari fortuné et benêt. Ensuite pour la police et certainement une bonne partie de nos connaissances. Sans ton père je serai sans aucun doute derrière les barreaux mais j’ai cette impression lourde qu’il me cache quelque chose. Alors non, je ne te dirai rien, mais je t’assure une chose, c’est que tout est en moi et que cela n’en partira jamais. Tu croyais me libérer, alors que tu m’as enfermé dans un espace irrespirable et pourtant si généreux. Je vais y rester jusqu’à ce que j’y retrouve la respiration.

 

Tu sais que c’est la première fois que je te parle avec cette assurance sans faiblesse et avec une aisance hallucinante. Tu sais que je pleure et que jamais je ne pourrais guérir de toi. Tu sais que je vais boire et boire encore mais que jamais je ne t’oublierais. Oui je vais t’en vouloir de m’avoir menti dans le même silence que moi. Je vais en vouloir à la terre entière, Juliane, je te hais autant que tout l’amour et ces mystères. Je te hais car je ne pourrais jamais reconstruire ma vie. Je ne savais pas que la mort existait. Oui même mon père je crois qu’il reviendra. Je suis juste un fêlé de plus sur une terre qui ne comprends rien ni à l’amour ni au sentiment si puissant. Je sais que jamais je ne finirai cette lettre car la fin n’existe pas en moi.

 

Je te hais. Je te hais si fort que tu serais bien capable de l’entendre là où tu es. Je te hais jusqu’aux confins des plus beaux abîmes. Je te hais plus qu’hier et bien moins que demain…

 

Ce que je ne savais pas c’est que mon corps refusait toujours de voir l’horrible vérité. Et sans comprendre pourquoi je continuais de m’enfoncer dans un déni coriace et imprudent. Ce que je ne savais pas non plus c’est que j’allais connaître le pire moment de ma vie, celui de voir ma mort en face…

 



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