SCENARYO

10jtm

(cet épisode n'est pas corrigé)


Je savais à présent pourquoi cette interne si gentille ne voulait pas que je quitte l’hôpital, c’était dans mon sang comme un vide incommensurable. Quelque chose qui ne s’explique pas, une agression de l’intérieur, si virulente qu’il était presque impossible de lui échapper. Mon sang justement, il me brûlait, j’avais des palpitations, une transpiration excessive et la bouche pâteuse. Inutile d’être médecin pour savoir que j’étais déjà dans un état de manque. Je me suis retrouvé plaqué contre la pire des réalités. Il m’était impossible d’aller voir Juliane et c’était mon seul but avouable, le reste n’avait aucune importance.

J’étais dans la rue en plein jour, dans une ville que je connaissais mais dont je ne reconnaissais plus rien. Je veux dire par là que toutes les sensations d’hier avaient un mauvais goût, je ne pouvais plus me raccrocher à quelque chose pour me rassurer. Moi qui prônais la vie plus que tout, coûte que coûte, je pouvais à présent admettre de baisser les bras. Et le pire dans tout cela c’est que j’allais me laisser faire.

 

J’essayais de regarder derrière moi, mais je ne voyais plus rien. J’essayais de me rattacher à un simple morceau d’elle, juste un souffle, quelque chose d'insouciant, de ces choses qui faisaient ma vie auparavant. J’essayais en vain de continuer à respirer de l’air comme tout le monde. J’essayais de ne plus marcher bêtement, je voulais danser une sorte de valse lumineuse, laisser mon corps décider pour elle et avec elle. J’essayais de ne plus entendre cette vérité obscure et vicieuse. J’essayais de ne plus me souvenir, j’avais beau me le dire, j’avais beau me le répéter, elle était là en moi et elle m’habitait comme une obsession menaçante. Je fouillais dans ma poche, espérant trouver les comprimés salvateurs, je ne savais plus combien je devais en prendre. Un goût âpre et stérile, j’ai senti ses lèvres sur les miennes alors que deux capsules fondaient dans ma bouche. Je devais avoir une sale gueule car les gens me regardaient bizarrement.

 

En marchant sans vraiment savoir où aller j’ai compris que j’allais devoir me battre pour ne pas sombrer. Mais ce que je commençais à comprendre c’est que j’allais devoir me battre contre moi-même. J’allais devoir me faire violence et arrêter d’accepter l’inacceptable. Comment tout petit j’avais pu être si sûr que Juliane allait être un toujours pour moi ? Et surtout comment avais-je pu m’éloigner de cet amour tout en étant de plus en plus proche d’elle. Il y a là une énigme tragique qu’il fallait que je perce.

 

Dans le commissariat les recherches n’avançaient pas, il n’avait aucune piste. L’inspecteur Eric Tardy avait approfondis son idée car Juliane avait suivi durant plusieurs semaines son père au sein même de ses murs il y a quelques années. Elle voulait à l’époque s’imprégnée de l’atmosphère et suivre une enquête pour être plus juste dans ses traductions, elle avait également émis l’intention de se lancer dans l’écriture de son propre scénario. Tardy pensait qu’il pouvait y avoir un lien, car s’en prendre à la fille d’un commissaire était une aubaine afin d’assouvir une vengeance. Malgré toutes les précautions sur son identité, il n’était pas impossible de penser qu’il y avait eue des fuites. Eric Tardy avait ensuite épluché toutes les vidéos disponibles autour du crématorium, mail il n’y avait rien ni personne de louche.

— Qu’est ce que tu penses du mari ?

Emma lâcha son dossier.

— Il est imbu de lui même, orgueilleux, et totalement incapable de faire disparaître sa femme.

— Oui c’est mon avis aussi. D’un autre coté pas de corps, pas de meurtre, aucune preuve, pas de revendication et aucun mobile, y’a forcément un truc qui nous échappe.

— Moi je dis que Guillaume a quelque chose à nous dire. S’en est où son audition ?

— Il est sorti de l’hôpital. Il est libre, on a rien contre lui. L’incinération c’est déroulé quand il était dans son coma. Difficile de le croire totalement coupable

— Peut être mais tu sais comme moi qu’il était présent et que si je creuse un peu je lui trouve un mobile. Autant le mari n’a plus vraiment l’air d’avoir de sentiment pour sa femme. Autant cette histoire d’amitié avec ce Guillaume n’est pas habituelle.

— Je vais faire le nécessaire pour le faire venir.

— Tu es sûr d’avoir l’accord de Lionel ?

— Je n’ai pas besoin de lui pour entendre un suspect !

— Si tu le dis.

— Emma, je sais très bien ce que tu essayes de me dire. On va l’entendre ensemble et on ira au bout de cet interrogatoire !

 

Guillaume marchait sans savoir où aller car il n’y avait qu’une personne qui comptait pour lui. Tout comme il n’y avait qu’un endroit qui lui importait.

 

Juliane n’était plus là. Elle était morte devant moi. Et je n’avais rien fait pour arrêter ça. Morte, décédée, défunte, disparue, trépassée, il n’y avait aucun mot qui résonnait en moi. Plus que tout je savais ce que j’essayais de faire tout au fond de moi, comme toujours, comme d’habitude. Ne surtout jamais affronter la mort des miens. Je ne savais plus où allait. Je ne voulais voir personne, personne d’autre… Où vont les morts quand ils nous quittent ? Je sentais monter en moi cette terrible vérité. Comme un lâcher prise qui allait m’envahir. Comme une vague d’amour qui vous déchire et que l’on vous enlève sans préavis. Je n’aimais pas la mort et elle me le rendait bien. Elle me rongeait de l’intérieur tout en me rappelant à son bon souvenir. Mon père d’abord depuis combien d’année était-il mort sans que je fasses le début de ce travail impossible pour moi, « faire le deuil ». Ma propre mort, elle frappait à nouveau en moi, car il me semble bien avoir été mort un jour ou une nuit. C’était sans doute une nuit, raison pour laquelle je n’aime pas dormir la nuit. Et maintenant cette mort de trop, Juliane, celle qui partageait mon air et ma terre. Putain d’amitié anéanti avec des relents d’amour dedans, je fais parti de ses hommes qui sans une femme à leur coté ne sont rien. Chez moi il n’y avait personne. Chez elle il n’y avait plus d’elle. J’étais comme sans domicile, incapable d’être seul face à un miroir vide. Comprendre l’amour juste au moment où il vous échappe à jamais. Comprendre qu’il était trop tard pour vivre. La lumière qui déclinait et je me vidais de mes dernières forces. J’avais peur de cette solitude forcée et c’était bien dans ces moments là qu’un être pouvait stop. Je ne veux plus continuer. Je veux juste m’arrêter et être en paix. Je continuais de marcher sans but.

 

Dans toute situation il existe une raison d’espérer ! La mort reste toujours brutal, quelle qu’en soient les circonstances. Mais il faut se battre contre les fantômes qui chaque jour nous rappellent qu’elle est uniquement une fin de vie et non le début de quelque chose d’autre. Il faut dépasser les croyances, les religions. Il faut aller au delà de la réincarnation ou du paradis. Le cœur de chacun d’entre nous palpite dans de multiples espoirs et nous cherchons tellement à tout comprendre et à tout posséder que nous en oublions cette ardeur à vivre chaque chose. Combien sont-ils à passer à coté d’une personne sans en voir les sentiments ? Combien sommes nous à ne plus savoir poser notre main sur une épaule pour apaiser quelqu’un qui est égaré ? La mort est cette chose terrible qui devrait nous rappeler que nous sommes en vie pour s’ouvrir vers l’autre au lieu de toujours redouter tout. Ici, au milieu de cette île, je sais que j’ai raison. Je sais que la mort n’est pas toujours cette entité menaçante. Je sais qu’elle peut nous faire réagir et nous permettre de nous construire où bien de nous reconstruire. Nous devons nous défaire de nos faux souvenirs, seul l’amour est une arme contre la mort. Ce que j’ai fait, je ne le regrette pas une seconde. J’ai sauvé deux personnes d’une manière ou du autre je les ai sauvés. Ce n’était même pas complètement mon idée, je n’ai fait que suivre les pas d’une folie amoureuse. Alors vous pourrez bien me juger quand vous saurez qui je suis. Vous pourrez même me punir si vous arrivez à découvrir qui je suis. En attendant je vais finir mon verre de vodka car il faudra bien que chacun d’entre nous, nous trouvions une issue pour nous en sortir. Car il reste un risque, je le connais depuis le début, j’espère, je joue avec le feu et avec les vies. Mais ce que j’ai fait, non, je ne le regrette pas encore.

 

Guillaume était dans le centre ville. Les gens rentraient chez eux. Il débauchaient et lui il délirait dans une sorte de claustrophobie de plus en plus dangereuse. Enfermer dans son propre esprit et dans son propre corps depuis si longtemps. Dans ces rues, il ne voyait plus personne et personne ne me voyait. Eux ils vivaient, lui il errait.

 

Et puis c’était comme ces voix dans la nuit qui vous happe, comme dans les rêves avec leurs revirements impossibles. Un peu comme dans un cauchemar aussi où les choses s’enchainent entre émotions et répulsions Quelqu’un avait prononcé mon prénom, c’était comme si j’existais encore un peu. Et tous mes morts ont sursautés avec moi. Mon père, Juliane et moi, tous les trois ensemble dans une même mort. J’ai tourné mon visage, espérant de toutes mes dernières forces. Juliane ton jeu était vraiment horrible…

 

Elle était belle et je trouvais son sourire très touchant. Elle n’avait pas trop changée dans les embruns de cette soirée qui restera la fin de ma vie. Je crois que dans mon lit d’hôpital j’avais rêvé d’elle si fort que mes bras s’en souvenaient encore. J’ai failli malgré tout continuer mon chemin qui menait vers rien. Mais elle m’a rattrapé, elle m’a prise le bras pour m’arrêter. J’étais donc vraiment vivant et pas complètement invisible. Qu’est ce quelle était belle ! Même si à présent je pouvais voir dans son visage quelque chose de dur qu’elle essayait de maquiller derrière ce si joli sourire.

— Qu’est ce que tu fais là Guillaume ?

Ce que je faisais là n’avait aucune importance, elle pouvait être une des filles les plus belles qui habitait ma tête je n’avais rien à lui répondre. Oui cela devenait de plus en clair, elle avait un air très grave. Je me suis demandé si je pouvais me blottir dans ses bras. J’avais besoin de pleurer.

— Tu te souviens de moi au moins ?

Je ne sais pas si je me souviens de son visage. Je me souviens de sa voix. Je me souviens de la douceur de sa main. Je me souviens aussi d’être tomber dans ses bras.

Et justement là elle me tendait les bras.

— Vient là Guillaume.

Elle s’est blottie contre moi. Je me suis laissé faire. Et nous sommes resté l’un contre l’autre serré. Elle m’a posée plusieurs questions. Je ne lui répondais toujours pas. Je crois que j’ai failli perdre l’équilibre. Après je ne sais même plus où je me trouvais mais j’étais allongé dans un lit. Et cette fille trouble s’est penchée vers moi, elle m’a caressé les cheveux et elle m’a dit :

— Je crois bien que je t’aime Guillaume.



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