SCENARYO

11jtm

(cet épisode n'est pas corrigé)

Quand je me suis réveillé, je me sentais bien. J’étais calme, presque serein et j’avais surtout très faim. J’ai cherché mon téléphone autour de moi pour savoir quelle heure il pouvait bien être. Sauf que je ne reconnais rien, ni le lieu ni rien, j’étais allongé sur un canapé. J’ai essayé de réunir quelques souvenirs, mais la faim reprenait le dessus. Et puis je me suis dit, tu devrais regarder qui est à coté de toi.

Alors j’ai regardé.

— Comment tu vas ?

Puisqu’elle souriait, je lui ai souri à mon tour.

— Tu cherches toujours qui je suis ?

— Non.

— Tu as faim ?

Je lui ai fait un signe de la tête. Elle s’est levée.

— Je te prépare quelque chose et toi tu prends une douche, ça te va ?

Oui ça m’allait. J’ai regardé autour de moi et j’ai décidé que cette porte menait à la salle de bain. J’avais raison. Je me suis déshabillé, je suis entré dans la douche et j’ai fait couler l’eau sur moi. Et bien plus que de l’eau c’est une vague d’émotion qui a coulé sur moi. C’est peut être ce dont j’avais besoin depuis le début, une bonne nuit  de sommeil avant d’évacuer une partie de mon chagrin. J’avais froid aux mains mais je sentais l’eau me réchauffer et j’avais cette impression de revenir à la vie. Sauf que j’étais tout seul à le faire et que Juliane était resté dans cette mort là. Ce n’était plus le vide d’elle qui m’oppressait mais plutôt cette impossibilité de ne plus jamais là retrouver dans ce vide là. Pour la première fois depuis cette soirée absurde je me suis autorisé à pleurer. Pas facile au début car je faisais de la résistance et puis d’un seul coup j’ai revu son visage. Elle me regardait et elle secouait la tête comme pour me dire que j’étais un idiot. J’ai résisté encore et je me suis dit qu’il fallait que j’accepte de ne plus pouvoir aller là voir.

Non je ne pourrais pas entendre ta voix aujourd’hui. Je ne pourrais pas non plus râler parce que c’est encore toi qui payes le restaurant. Je ne pourrais pas plonger dans tes histoires étonnantes, car tu étais une sacrée raconteuse. Je ne pourrais pas sentir tes cheveux me frôler pour me donner l’illusion d’être vivant. Je ne pourrais pas me moquer de toi et de ta façon de défendre ton mari. Pas plus que je ne pourrais te prouver que nous sommes depuis toujours l’un et l’autre dans une amitié fabuleuse. Non, je ne pourrais plus te voir, je ne pourrais pas te parler et te dire que je l’aime notre amitié et que tu es ma Juliane préféré. Simple et naïf. Brutal et plaintif.

 

Et je me suis mis à pleurer sous la douche. La gorge serrée avec cette colère en moi de ne rien avoir vu venir. Ne pas pouvoir se justifier, ne plus pouvoir être celui qui te colle aux basques. Je me suis vidé de toutes ses larmes retenues et de tous ses cris silencieux fait de mes désespoirs et de mes erreurs. J’ai laissé sortir cette rage et j’ai commencé à vraiment me laver.

 

En sortant de la douche, elle m’avait préparé des affaires propres.

Cette fille, je savais à présent qui elle était, et je savais surtout que je ne là connaissais pas vraiment. Alors ce que je faisais ici, pourquoi j’avais si bien dormi à coté d’elle et comment elle avait fait pour avoir des vêtements à ma taille ? Je ne pourrais répondre à aucune de ces questions. Tout ce que je savais c’est que je venais de faire un pas pour me sortir un peu de cette léthargie profonde et maladive.

 

Cette fille était à la soirée, l’ultime soirée. C’est elle qui avait renversé son verre et qui grâce à Juliane était devenue complètement différente et très attirante. Cette fille dont je cherchais encore le prénom, je venais quasiment de passer la nuit avec elle. Je suis sorti de la salle de bain sans son prénom en tête. Elle préparait la petite table basse, il y avait plusieurs choses très appétissante, une d’apéritif dinatoire, des légumes, du jambon, du fromage, le tout coupé en petits morceaux avec plusieurs sauces. Il y avait des tranches de pain de campagne, du vin et de l’eau.

 

— Merci, pour tout ça et pour les affaires propres. Vous ne sauriez pas où est mon portable par hasard ?

Elle le regarde avec un large sourire et en lui redonnant son téléphone elle remarque que ses yeux sont tout rouges. Son regard s’assombri et elle semble pendant quelques secondes désemparée. Tout en rallumant son portable Guillaume est un peu gêné. 

— J’ai dit quelque chose qui ne fallait pas ?

— Non pas du tout, c’est juste de te voir si écrasé par la douleur.

Son téléphone vibre dans sa main et Guillaume le regarde précipitamment comme si l’espoir existait toujours. Il avait un message sur son répondeur.

— Oui et puis visiblement tu ne t’en souviens plus mais tu me tutoyais.

— Pardon pour tout ça, je ne sais pas comment je fais pour être debout encore, j’ai l’impression de vivre un cauchemar.

Il écoute son message et il soupire.

— Je suis désolé pour le cauchemar.

— C’est la première fois que je me repose depuis… Et ici je me sens bien. Je me sens bizarre aussi. Votre gentillesse, enfin, ta gentillesse et puis les affaires pour me changer, le fait que nous avons partagés des trucs dont je ne me souviens plus. J’aimerais bien que tu m’expliques et que tu me racontes ce que tu sais de cette soirée.

— Tu as faim non ? Je vais prendre le temps de te répondre.

Elle se sert un verre de vin en lui proposant de l’accompagner, alors il tend son verre en grignotant de l’autre main un morceau de fromage.

— Je ne connaissais pas Juliane avant cette soirée. Nous avons juste une amie en commun. J’ai très vite vu que tu t’emmerdais autant que moi. Juliane m’a dit que tu étais seul et qu’un peu de compagnie te ferait du bien. Vous aviez l’air si proche et si complice, j’étais admirative. J’ai bu, peut être un peu trop, peut être un peu pour la même raison que toi d’ailleurs. Je ne me sentais pas à ma place. Et puis Juliane m’a prêté des habits et elle m’a dit que tu étais quelqu’un de passionnant et de touchant. Elle m’a dit que tu aimais les artistes et que tu avais toi aussi du talent. J’ai voulu te connaître alors on a passé du temps ensemble. Je me suis demandé si vous étiez frère et sœur mais quand elle est venue t’embrasser j’ai presque été gênée. C’est vrai que tu avais l’air complètement stone, bourré, ou les deux aussi mais elle n’avait pas vraiment l’air d’être mieux que toi. Je ne comprenais pas ce qui vous unissez. Tu m’as raconté votre amitié, votre rencontre, vos délires. C’est vrai que votre histoire avait l’air fabuleuse alors quand je t’ai vu avec les larmes dans les yeux je me suis dit que je devais te paraître un peu folle. Tu es ici, nous avons dormi l’un à coté de l’autre. Mais tu avais l’air si mal et puis j’avais envie de te revoir de toutes les façons. Et pour les habits, ils sont à mon ex, ici c’est chez lui. Mais il ne risque pas de revenir il est en Chine et moi je suis resté ici. C’est d’ailleurs pour ça que c’est mon ex !

Guillaume avait écouté sans arrêter de manger.

— Et on s’est retrouvé dans la rue par hasard ?

— Je ne crois pas non.

— Pourquoi elle t’a dit que j’avais du talent ?

— Je n’en sais rien moi. Tu fais quoi comme boulot ?

— Un boulot sans saveur, je passe mes journées au téléphone et j’essaye de répondre aux attentes des gens, plus exactement je me fais engueuler et je dois surtout garder le client.

— Tu as un passe temps, tu sais quelque chose qui occupe ta vie et qui sans ça là rendrait vide. Une passion quoi ?

Guillaume avait le regard dans le vide, il avait à nouveau la gorge serrée.

— Je crois que j’ai dit une connerie là. Excuse moi.

— C’est dingue non, mais tout mon temps je le passais avec elle. Elle occupait ma vie et sans elle oui tout est vide. Juliane est ma seule passion.

Il tend son verre pour qu’elle le serve à nouveau.

— Tu n’as pas à t’en vouloir. Je me sens bien ici et d’une manière ou d’une autre je crois bien que tu m’as protégé contre moi-même. Et puis j’ai quelque chose à t’avouer puisque visiblement nous avons dormi ensemble. Cette douche et ce repas m’ont fait un bien fou. Sans toi je crois que j’aurai pu faire un geste stupide moi aussi. Cela aurait été dommage de ne pas vivre tout ça avec toi. Même si je dois effectivement te l’avouer, je ne connais pas ton prénom. C’est un peu gênant pour moi.

 Susan. Je ne t’en veux pas une seconde. Ce que tu as vécu, nous serions très peu à pouvoir l’accepter.

— Merci Susan. Merci de m’avoir recueilli. Merci de m’avoir permis de me reposer. Merci pour la douche. Merci pour le repas. Et surtout merci d’avoir protéger ce type étrange.

 

Cela pourrait passer pour une rencontre anodine. De ses destins qui croisent nos vies à chaque instant. Nous les voyons ou pas. Nous les vivons ou pas. Mais ils existent. Sauf que dans le cas présent rien n’est anodin. Même si Guillaume n’a pas dit qu’il avait reçu une convocation pour ce rendre à la police judiciaire. Une peu suspect, un peu coupable et surtout un peu acteur d’un scénario qui derrière sa trame tragique cache quelque chose de bien plus magique. Magique dans un sens positif, mais ça Guillaume ne le savait pas.

 

Quand à Susan, elle joue son rôle. Lequel ? Vous le saurez tôt ou tard. Derrière ce masque mortelle d’un suicide orchestré, il pourrait bien ce trouver quelque chose de grave et de totalement fou. Un de ces scénarios que seul quelqu’un d’insensé pourrait mettre au point. Ma la folie n’est elle pas très souvent l’allier de l’amour ?





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