Je me suis réveillé en pleine nuit. Je dormais sur le ventre et brutalement j'ai eu envie de vomir. Je ne sais pas si c'est parce que je dormais dans cette position, je ne sais pas si c'était pour me prévenir... Je me suis assis sur le lit d'un seul coup, je n'ai pas vomi mais ma respiration a été coupée. L'air ne pouvait plus entrer. J'avais beau essayer d'inspirer, cela m'était impossible. J'avais l'impression que cela durait une éternité. Réfléchir, ne pas paniquer. Je ne veux pas mourir. Vivre. Je ne sais pas comment j'ai fait, dans cette angoisse de mourir j'ai ouvert la fenêtre et je me suis calmé... Dernière tentative avant de perdre connaissance et de mourir là, bêtement, au lieu d'inspirer, j'ai réussi à expirer une toute petite quantité d'air et mon larynx c'est ouvert. J'ai respiré tout fébrilement car l'air avait encore dû mal à entrer. Mais j'étais sauvé. Cette nuit là je ne me suis pas recouché. Je n'ai même pas entendu le bruit du pinceau qui tombait par terre dans le garage...
Je suis sorti de la chambre laissant derrière moi une Alice qui ne savait pas que j'avais failli mourir devant elle. Et voilà pourquoi je parle tout seul !!! Voilà pourquoi cette nuit je n'ai pas réussi à dormir. Alors je suis descendu sans allumer la lumière. La maison baignait dans le calme, en arrivant en bas je cherchais toujours à comprendre pourquoi je venais de recevoir cet avertissement. En passant devant la porte du garage sans savoir pourquoi, comme ses gestes que l'on fait sans réfléchir j'ai failli ouvrir la porte. Je ne vois pas ce que j'irais faire dans le garage à cette heure-ci. Je suis allé dans le salon, j'ai allumé une lampe et j'ai regardé l'heure, il était 4h42. Cette matinée s'annonçait longue je ne savais pas encore qu'elle allait se poursuivre par une journée destructrice pour l'être humain. Je me suis affalé dans le canapé avec une envie de ne rien faire. Si je ne voulais pas dormir, je n'en ressentais pas moins une grande fatigue. Assis sur le canapé, si je me penchais un peu sur ma droite je pouvais voir la porte du garage. Je ne sais pas pourquoi j'étais à nouveau attiré dans cette direction.
Jef et Samy dormaient dans leurs chambres, je n'avais pas vérifié mais jamais ils n'auraient mit les pieds dans le garage en pleine nuit, et surtout tout seul. Quant à Alice, elle dormait sans aucun doute... Alors pourquoi cette impression ? Vous auriez fait quoi à ma place ?
Certainement plus par flemme que par peur je suis resté assis. C'est à ce moment là, très précisément quand j'ai renoncé à y aller que j'ai ressenti plus fort cette présence... J'ai mit ça à nouveau sur le compte de la fatigue. Après l'incident de ma respiration coupée, je me sentais de moins en moins apte à affronter d'autres minutes étranges. Il y avait quelqu'un dans le garage, j'en étais maintenant persuadé.
Je me suis levé et je me suis dirigé vers la porte du garage. Devant cette porte il m'est venu l'idée saugrenue de fermer les yeux... Ce que j'ai vu dépasse l'entendement. Les yeux complètement clos dans la quasi-obscurité j'ai vu une forme bleue. Oui je sais que c'est impossible. Mais à travers mes paupières, à travers la porte je voyais une forme qui bougeait dans le garage. Pas de grand mouvement non juste des gestes doux. N'empêche qu'il y avait bien quelqu'un dans mon garage ! La forme était assise comme assise dans le vide. Je ne voyais que l'image bleue de son corps et aucun objet autour. Je ne voyais pas de détails juste des contours flous avec ce bleu qui changeait d'intensité. Le bras de l'intrus bougeait dans le vide décrivant des petites vagues... J'essayais de comprendre ce que cette chose pouvait bien faire là. Rien dans cette scène ne pouvait me faire peur, le comportement de cette chose paraissait tranquille... Ça y est, je sais où elle se trouve. Il ou elle est assise à la place d'Alice... Sur le petit tabouret dont elle se sert pour peindre. Et d'ailleurs en y regardant bien, cette forme bleue est entrain de peindre à la place d'Alice...
Non c'est impossible ! Je me suis reculé de la porte et j'ai ouvert les yeux pour regarder ensuite vers le haut des escaliers. Après réflexion et sans faire de bruit, le plus doucement possible j'ai monté les marches, j'ai ouvert la porte de notre chambre. Et là dans notre lit, Alice dormait profondément ! Finalement c'était assez facile à admettre !!! Je voyais à travers les portes un évènement qui c'était déjà passé comme une empreinte. Après m'être dit que j'étais complètement cinglé. J'ai été tenté de me recoucher. Sauf que je pouvais aussi aller vérifier ma vision directement dans le garage, histoire de me prouver que je délirais totalement. Après les différents doutes qui m'assaillaient du style « Je suis Superman, je vois à travers les murs » ou bien « Il va aller dormir et ça ira mieux après » J'ai fini par me dire qu'une petite vérification ne me porterais pas préjudice tant que je ne raconterai à personne mes névroses, psychoses et autres phobies nocturnes...
Je suis donc gentiment redescendu, ragaillardi et prêt à mettre fin à mes propres démences. Pourtant chaque marche que je descendais me rapprochait d'une autre possibilité... Si je voyais vraiment à travers la porte... C'est juste une supposition, mais si c'était vrai... Alors qui était dans le garage ? Et plus je descendais plus mon anxiété montait. Donc arrivé en bas, je n'étais plus très sûr de vouloir ouvrir la porte et même plus sûr du tout de vouloir fermer les yeux. D'un autre côté, je suis maintenant en bas, ce serait dommage de ne pas tenter une dernière vision. Comme pour prévenir d'une attaque surprise j'ai vérifié qu'il n'y avait personne derrière moi. Un coup d’œil dans le salon, les escaliers. Et me voilà à nouveau devant cette porte avec un air incrédule, j'ai tendu la main pour prendre la poignée le plus doucement possible... Et puis quand ma main a saisi la poignée, avant d'ouvrir j'ai fermé les yeux. La forme bleue était toujours là, visiblement assise et je l'imaginais peignant une toile. J'ai commencé à tourner la poignée mais instinctivement la forme s'est arrêtée dans ses mouvements. Puis elle a tourné son visage vers moi... vers la porte. J'ai ressenti en moi une peur inconnue... ce que je croyais être une empreinte du temps... était plutôt une empreinte très présente... J'allais ouvrir la porte prenant sur moi les derniers instants de courage que j'avais en moi. J'allais le faire quand soudain aussi brusquement qu'un éclair, une deuxième forme est apparue devant moi dans un autre angle en collant son visage contre la porte. J'ai lâché la poignée et dans un mouvement de peur ou de survie j'ai reculé très brutalement et je suis tombé en arrière. Reculant toujours en rampant sur le sol, j'étais persuadé que la porte allait s'ouvrir. Et cette envie de vomir qui revenait en moi... La peur sans doute ou peut-être cette chute en arrière. Mes yeux fixant la porte, j'ai éprouvé de plus en plus cette violente envie de vomir. J'ai porté ma main devant la bouche...
Dans un mouvement brusque, je me suis assis. J'étais dans ma chambre. Assis sur mon lit dans un état second, mélange entre angoisse de la porte et celle de ne plus pouvoir respirer. J'ai regardé autour de moi, Alice dormait. Je vais mourir ? Ma respiration n'était pas du tout coupée. Le jour s'était levé et le réveil marquait 6h44... il devait sonner dans une minute. Toujours dans mon état second, j'ai coupé la sonnerie et je me suis levé. Dans la salle de bain, après avoir prit ma douche, je me suis lavé les dents. Je repensais à mon rêve. Cette vision à travers la porte, les deux personnes dans le garages... Pourtant en regardant par la fenêtre j'ai bien vu quelqu'un sortir en courant du garage... Je me souviens très bien de cette image !
Nathan est assis dans son garage. Le monde n'a hélas pas changé... la mort, le silence avec juste cette impression que quelque chose s'est passé dans ce garage avant cette fin du monde...