LE DERNIER HOMME À MOURIR
chapitre 3 UNE MUSIQUE POUR MOURIR
La plainte de son enfant résonne en lui, seul bruit dans cet univers où tout est devenu feutré. En courant, ses pas retentissent, il entre dans sa maison et se précipite sur les corps de ses enfants. Il écoute leur coeur, touche leur peau... mais aucune réaction ne vient expliquer cette plainte entendue. Notre homme, genoux à terre, tremble de tout son corps, ses yeux se remplissent de larmes. En regardant ses enfants sans vie, il sait maintenant qu'il est devenu fou. Il tire les deux corps vers lui puis il les serre contre lui. Il tourne la tête vers différents endroits de la pièce, les photos d'une famille qui semble heureuse, le canapé où ils se réunissaient tous pour faire le câlin du soir, et dans un coin, les tableaux peints par sa femme.
- Pourquoi sont-ils tous morts et pourquoi suis-je en vie...? Il essuie ses larmes et après avoir embrassé ses deux enfants, il va les allonger sur le canapé, à côté de leur maman. Debout face au canapé, il regarde ce spectacle macabre puis ferme les yeux très fort. Dehors, les rayons du soleil commencent à apparaître, la ville est figée et, dans cet enchevêtrement de corps immobiles, la vie semble avoir définitivement quitté cette planète. Sauf ici, là debout dans son salon, cet homme aux yeux fermés, le visage fatigué dans un état second, comme déconnecté...
- Papa ? Une voix d'enfant, son enfant...
Notre homme ouvre les yeux brusquement mais les trois corps devant lui sont toujours sans vie. Alors il referme les yeux et tout de suite il entend :
- Papa...pourquoi ?
Ce matin-là, notre homme prend son café dans sa cuisine. Tout à l'air normal, les oiseaux, les voitures qui passent dans la rue et ses enfants qui se disputent à l'étage. Nathan est détendu, peut-être même encore un peu endormi. 33 ans, brun, vêtu d'un jeans et d'une chemise, il finit sa tasse puis la pose dans l'évier et grimpe les marches de l'escalier.
Dans son esprit il voit ses deux enfants dans les bras l'un de l'autre, pleurant.
L'homme ouvre ses yeux à nouveau et ses traits changent, un petit sourire et ce regard évaporé. Même ses mouvements deviennent saccadés.
Il regarde le plafond puis sa main, qu'il passe sur son visage. Tranquillement il se dirige vers la cuisine. Il ouvre un placard, prend un verre, qu'il remplit avec la bouteille d'eau posée sur le plan de travail. Il renverse de l'eau à côté du verre. Alors il repose la bouteille, prend l'éponge et essuie l'eau consciencieusement. La tête penchée sur un côté il regarde par la fenêtre avec un regard froid. Il ouvre un tiroir, en sort différents médicaments qu'il pose sur le sol de la cuisine, il boit son verre et pose la bouteille à terre. Puis il s'assoit sur le carrelage...
Pourquoi la mort n'a pas voulu de moi ? Se dit-il en préparant une poignée de médicaments. Il s'apprête à ingurgiter son cocktail en fermant les yeux.
Une musique très lointaine parvient jusqu'à lui... un morceau d'une grande tristesse, comme si les instruments pleuraient.
Il ouvre les yeux, mais la musique continue.
Notre homme se lève, pose sa poignée de médicaments et va ouvrir la fenêtre. La musique semble plus intense...