LE DERNIER HOMME À MOURIR
chapitre 32
PARCE QUE L'AMOUR...
(fin de la deuxième saison)
Désert de Danakil en Éthiopie, un homme d'une quarantaine d'années suivi d'un assistant plus jeune termine une longue marche à pied, ils rejoignent leurs 4x4.
Le paysage est parsemé de grosses pierres rondes marrons foncé et d'épineux, ces cactus immenses aux épines dangereuses et redoutables, la terre est couleur jaune beige. Les deux hommes s'assoient à l'ombre de leur véhicule finissant leurs gourdes d'eau. Le plus jeune verse un peu de son précieux liquide sur son visage pour se rafraîchir, quand il ouvre à nouveau les yeux il découvre son collègue immobile, à genoux sur cette terre aride.
GAEL : Jacques ça va ?
L'homme gratte délicatement le sol autour d'une toute petite plante.
GAEL : Jacques ?
Jacques déterre avec beaucoup de précaution cette petite pousse qui semble être le centre de son intérêt.
GAEL : Qu'est ce que c'est ?
JACQUES : Eh bien mon ami, nous avons marché durant deux heures pour faire une découverte juste là à dix centimètres de notre point de départ
GAEL : C'est un juste Adenium non ?
Jacques dégage la petite plante en prenant garde de ne pas abîmer les racines
JACQUES : Oui c'est un Adenium mais...
GAEL : Mais ?
JACQUES : Approches toi et regarde la tige renflée, tu vois là cette toute petite turgescence... eh bien c'est la première fois que je vois ce genre de chose. On dirait une sorte de mutation...
Intérieur du garage de Nathan, dans l'obscurité du fond, juste dans cette alcôve qui sert d'atelier de peinture à Alice, un homme fouille chaque recoin, ouvrant chaque tiroir, vérifiant scrupuleusement tout les compartiments, les boîtes et autres cachettes possibles. Ces gestes paraissent malhabiles et emprunt de l'angoisse d'être découvert, il jette régulièrement un coup d'oeil vers les portes du garage. Il semble de plus en plus désemparé de ne pas trouvé ce qu'il est venu chercher.
Une petite route sur les calanques de Cassis la voiture conduite par le père d'Alice va trop vite, beaucoup trop vite.
LE PERE : Tu es complètement folle !
TEA : Ralenti s'il te plaît... je n'aurais jamais dû te dire tout cela.
LE PERE : Qu'est ce que ça peux foutre que je roule vite ou pas puisque nous allons mourir.
TEA : Arrêtes toi tout de suite !!!
LE PERE : Non ! Puisqu'il s'agit de la destiné de notre fille. Qu'est ce que tu as ? Tu ne crois plus à toutes tes conneries ?
TEA : S'il te plaît calmes toi et...
LE PERE : Me calmer ? Non mais tu es complètement inconsciente où quoi ? Qu'est ce qui lui a prit de te dire tout ça ? Non mais j'y crois pas ! Et toi tu l'as cru, t'es complètement folle !
La voiture accélère sur la route sinueuse. Un peu plus loin dans les virages un autre véhicule arrive en face.
Quelques heures auparavant, assise en face de Milo à la terrasse d'un hôtel en bord d'une plage, Téa semble écrasé par une douleur vive.
TEA : Papa dis-le-moi s'il te plaît...
Et une larme coule le long de la joue de Milo. Téa se sent envahie par une émotion qu'elle n'avait jamais ressentie auparavant. Elle tourne la tête vers Alice qui joue sur la plage à coté d'un petit garçon. Et les yeux de Téa commencent à se remplir de larmes.
TEA : J'ai compris... depuis combien de temps tu le sais ?
MILO : Juste à l'instant !
TEA : Tu en es sûre ?
MILO : Tu crois que j'aurais prit le risque de te le dire ?
Téa cache son visage pour pleurer. Milo retient mal son émotion en prenant les deux mains de sa fille dans les siennes.
MILO : Je suis désolé... un père ne devrait jamais annoncer ça à sa fille.
TEA : Dans combien de temps ?
MILO : Comme d'habitude...
Et Milo fond en larmes. Téa, le regard rageur essuie les larmes sur son visage d'un geste brutal.
TEA : Alors c'est aujourd'hui... Je vais allé voir Alice.
MILO : Ne lui dit rien s'il te plaît.
TEA : Comment veux tu que je lui annonce cette abomination.
Téa se lève brusquement et Milo l'attrape par le bras pour la serrer contre lui. Ils pleurent tout les deux, puis Téa s'éloigne vers Alice.
MILO : Ce n'est pas juste... (en regardant vers le ciel) mais je tiendrais ma promesse...
Perché sur les hauteurs d'une Cathédrale, Nathan regarde le point de vue.
NATHAN : Alice nous avons des choses à nous raconter.
Puis il commence à descendre l'échelle de l'échafaudage. D'un mouvement maladroit Nathan loupe un des barreaux, il essaye vainement de se rattraper mais sa jambe se coince contre l'échelle, l'os de sa cheville craque et il ressent un douleur violente en s'étalant de tout son corps quelques mètres plus bas. Allonger, les yeux regardant le ciel, Nathan voit sa vision se troubler.
NATHAN : (murmurant dans son inconscience) Ne te fais pas de mal si j'ai voulu te croiser c'était juste pour te donner de mon énergie.
Puis il s'enfonce dans sa syncope.
Dans un laboratoire Jacques étudie la plante de plus près. Il refuse de croire se qu'il voit, c'est impossible se dit t'il. Il doit s'agir d'une erreur où d'une anomalie encore inconnue. Mais le résultat qu'il découvre à chaque fois est le même. Il recommence les prélèvements, il fera d'autres cultures, vérifiera encore et encore cette découverte. Ce résultat est forcément impossible.
Derrière la vitre de son laboratoire Gaël apparaît la mine anxieuse. Il entre dans cette pièce où pousse des dizaines de plantes toutes aussi différentes les unes que les autres.
GAEL : Jacques...
JACQUES : Non s'il te plaît ce n'est pas le moment... Je suis toujours sur cette Adenium et le résultat est...
Il s'arrête net en regardant Gaël.
JACQUES : Merde qu'est ce que tu as ?
Dans la voiture qui file à vive allure sur la route escarpé de Provence, Téa commence a ressentir une angoisse de plus en plus profonde.
Nathan est allongé les yeux fermés et sa vie est en partance. Le voir mourir ainsi, c'est voir mourir l'une des plus belles histoires d'amour. Comme une bougie qui s'éteint inexorablement. Allongé, seul, la vie qui s'échappe, l'amour qui arrive à sa fin. Peux t'on mourir ainsi et être amoureux d'une femme si tendre, si sensible ?
Alice est bien plus que la femme de ma vie. Oh je sais c'est que tout cela doit vous paraître trop romantique, tout comme je sais que les idéaux peuvent être dangereux. Mais j'ai toujours su qu'elle était en moi. Je l'ai vu mourir devant moi et à mon tour je dois m'éteindre... Pourtant l'amour est une force, un bien rare et une raison bien plus que suffisante pour se battre encore et croire que la vie peut revenir en moi. En mourant je ne vois qu'elle, mes yeux se remplissent de son visage, ma petite brune à moi, mon coeur si doux je voudrais te serrer contre moi une dernière fois... Je voudrais pouvoir vivre encore pour t'aimer plus fort. Je voudrais reconquérir ta vie, la mienne. Je voudrais marcher pieds nus avec toi sur le sable de Sanary-sur-mer. Il y a tant de chose que je voudrais te dire et faire avec toi. Je ne veux pas mourir, je veux aimer, je veux l'aimer elle, plus que tout au monde, je veux lui donner l'amour dont elle mérite. Alice mon amour, je ne veux pas mourir. Alice je veux t'aimer et te le dire. Je veux que nous trouvions cette éternelle force qui se cache dans nos vies.
Tant de choses fantastiques ont traversés nos vies, nos âmes et là je ne vois plus que cet amour étonnant qui nous a réunis pour une raison qui m'échappe encore. Mais faut t'il vraiment chercher une raison d'aimer tant ? Pourquoi deux enfants ont joués ensemble sans se connaître avec des petits yeux pétillants ? Uniquement parce que tu m'avais sauvé la vie ? Pourquoi chaque instant fort de nos vies a toujours été emprunt d'une immense mystère ? Trop de questions m'envahissent alors que je n'ai qu'une seule et unique envie c'est de t'aimer encore et toujours. Moi l'homme qui a toujours cru ne pas savoir aimer et toi la femme qui a tant peur de l'amour. Drôle de couple, drôle de fusion qui aura fait naître deux enfants d'une manière tout aussi incroyable. Tu as toujours su quelques heures après avoir fait l'amour que tu portais la vie en toi... Et je n'ai jamais mit en doute ce sentiment d'être déjà enceinte de moi. Pourtant je ne te l'ai jamais dit mais à la naissance de Jeff j'ai vu dans ta façon de faire, dans ta façon de vivre qu'il manquait encore quelque chose à ta vie. Quelque chose où plutôt quelqu'un, j'ai même cru que je n'étais plus celui que tu aimais. J'ai cru que je te perdais. Quand tu as portais dans ton ventre notre deuxième enfant, tes yeux se sont illuminés, et j'ai retrouvé cet Alice fabuleusement vivante. Je voyais ton amour, je le touchais du bout des doigts... mais quand notre Samy est arrivé, tu as replongée dans cette état que personne n'a vu. Tu as récupérée en toi la source de cette petite Alice autiste. J'étais le seul à le voir et j'ai toujours eu peur de t'en parler. C'est pour cela que j'ai toujours cru que je ne t'avais pas assez aimé où mal aimé.
Comment peux t'on être autant fait l'un pour l'autre sans pouvoir atteindre le bonheur en oubliant toutes ces questions lourdes. Quelque chose manque à ta vie.
Alors il n'est pas question que je meurs avant de ne pas t'avoir donné cette partie de moi que je te dois mon amour. Je vais moi aussi m'ouvrir à la vie. Je vais t'aimer et mon dieu fasses que tu deviennes cette femme extraordinaire que tu es tout au fond de toi.
Sur la plage Téa a prit sa petite Alice dans les bras et elle lui fait le câlin de toute une vie. Elle là berce doucement dans ses bras et l'embrasse mille fois. Puis Téa se lève et va rejoindre Milo son père. Alice retourne joué seule sur la plage. Téa est dans un état minable, tout se qu'elle a pu retenir avec sa petite Alice il y a quelques secondes est entrain de l'assaillir. Les yeux couvert de larmes elle tombe à son tour dans les bras de Milo.
TEA : Papa j'ai si mal.
Milo ne peux plus retenir cette émotion terrible.
MILO : Téa mon petite amour, Alice doit vivre cette chose abominable pour se construire et pour devenir quelqu'un de fabuleux. Elle porte en elle la clé d'une vie... Ohhh merde !!!
Milo serre sa fille contre lui.
MILO : La clé d'une vie dont tu ne fais plus partie.
Dans le garage l'homme continu de fouiller partout de plus en plus énervé. D'un geste trop rapide il renverse un gobelet en verre et les pinceaux tombent par terre. Le récipient roule sur l'établi et avant que l'homme n'arrive à le rattraper il tombe à son tour et explose sur le ciment du garage. Il panique, écoute les bruits à l'étage et il part en courant dans la rue. Dans la salle de bain Nathan voit l'homme s'échapper de chez lui. Trois rues plus loin un véhicule arrive, cette voiture doit t'elle vraiment tuer un homme ?
Dans la voiture Téa hurle. La route est périlleuse et la vitesse la rend bien plus mortelle encore.
TEA : Je ne veux pas mourir.
Elle empoigne le volant, il essaye de reprendre le contrôle de la direction mais en face un véhicule arrive. Téa regarde la route s'échapper. La voiture fait une embardée, explosant la parapet. Dans un cercueil d'acier, le papa et la maman d'Alice fonce dans les airs...
Milo sur la plage surveille la petite Alice. Il vient de perdre il y a plusieurs mois son bien le plus chère. Pourtant il sait qu'il a lui aussi une mission à atteindre. Alors il va vers Alice lui dit deux mots dans l'oreille et quelques minutes plus tard ils entrent ensemble dans une bijouterie. Alice s'extasie dans le silence qui est le sien maintenant. Depuis qu'elle a perdue sa maman et son papa. Elle feuillette un catalogue pendant que Milo termine son choix. Ils ressortent ensemble pour revenir sur la plage. Alice retrouve son élément préférée. Nathan fabrique une petit château de sable et Milo plus loin attend patiemment.
Et quand cette femme là décide d'aller à la petite terrasse de l'hôtel pour prendre une consommation. Il regarde la scène et prend tout son courage pour aller la rejoindre.
MILO : Bonjour.
SOPHIA : (étonnée) Bonjour.
MILO : Je suis le grand père de la petite fille qui joue pas loin de votre garçon. Je peux m'asseoir ?
Que peut elle lui répondre puisqu'il est déjà assis ? Sophia est malgré tout rassurée et curieuse de savoir pourquoi il vient vers elle.
MILO : Je ne vous cacherais pas que j'ai bien l'impression qu'ils deviennent tout les deux inséparables sans le savoir.
SOPHIA : Ah oui et mon Nathan me surprend lui qui est si timide, j'ai aussi cette impression qu'il a envie d'aller vers elle.
MILO : Alice est un petite fille formidable aussi et je crois qu'ils vont bien s'entendre. Alice a perdue ses parents, elle s'est enfermé dans son monde. Elle ne parle plus depuis le drame plus aucun son.
SOPHIA : Je suis désolé je...
MILO : Nathan va lui redonner l'envie de vivre
Elle le regarde cherchant à comprendre comment cet homme là peux être aussi sûr de lui.
SOPHIA: Vous savez Nathan est un petit garçon secret et...
MILO : Je vais vous donner quelque chose et vous allez me faire le plus grand plaisir du monde en acceptant sans rien dire.
Sophia regarde son petit garçon puis se tourne vers Milo.
SOPHIA : Je ne comprends pas bien votre démarche, j'ai peur qu'il y est un malentendu et...
MILO : Ne vous m'éprenez pas, ce présent n'est pas pour vous et vous allez juste m'aider.
Sophia est de plus en plus surprise.
SOPHIA : Qu'est ce qu'il y a dans ce paquet.
MILO : Il n'est pas fermé et vous pourrez vérifier après. Mais disons qu'il s'agit de quelque chose que votre petit Nathan offrira plus tard a quelqu'un...
SOPHIA : C'est quoi ce mystère ? Et pourquoi vous pensez que je vais prendre votre paquet en croyant à votre histoire absurde ?
MILO : Vous allez prendre ce paquet car sinon ma petite Alice ne sortira jamais de son état et elle s'enfoncera dans un univers vide.
SOPHIA : Vous êtes...
MILO : Oui je sais... je suis fou, c'est ce que vous vouliez dire. Alors disons que je suis fou et que ma petite Alice ne sortira plus jamais de son de sa bouche. Tout ce que je vous demande c'est de prendre dans vos mains ce paquet.
SOPHIA : Pourquoi ?
MILO : Vite... s'il vous plaît... je vous en conjure... c'est un grand père qui a enterré son unique enfant qui vous le demande. L'homme que je suis est tout ce qui reste à mon Alice. Faite le vite !
Sophia est touché par tous ces mots, elle avance sa main vers l'objet et en le touchant du bout des doigts, avant même qu'elle ne puisse l'ouvrir. Un cri retenti sur la plage et Milo est déjà parti en courant vers l'eau. Sophia, le petit paquet dans les mains regarde cette scène irréelle. Un homme qu'elle ne connaît pas vient de lui donner quelque chose et elle sait déjà qu'elle le gardera précieusement. Car cette homme là est entrain de sauvé son fils par ce que sa petite fille Alice, muette vient de crier pour que son Nathan ne meurs pas noyé.
Nathan allongé depuis sa chute de l'échafaudage semble malgré tout serein.
Et vous croyiez encore que mon histoire d'amour est comme toute les histoires d'amour ? Vous croyiez encore qu'il est facile d'aimer quelqu'un qui est inscrit dans sa chair comme peut l'être Alice dans ce qui fait mon coeur d'homme ? Voilà mon histoire, peu commune il est vrai. Voilà dans quel univers nous avons vécue notre histoire d'amour.
Nathan est maintenant allongé sur le bitume d'une route. La rue est vide et le silence est presque agréable. C'est vrai que cette mort là me semble presque agréable. J'ai accompli mon devoir, j'ai aimé et j'ai donné tout l'amour à une seul et unique femme. Alors aujourd'hui je vais vous demandé de ne pas m'en vouloir mais je crois qu'il faut que j'accepte ma mort. Oui je sais, j'ai encore envi de l'aimer. L'amour est plus fort que tout, mais sera t'il plus fort que ma mort cela je ne le sais pas. Alice, elle, doit le savoir...