1915 en Arménie des familles entières sont déportées. Certaines personnes sont fusillés dans la rue. Des gens courent, la panique éclate. Kafan, une petite ville à la frontière de l'Azerbaijan, une famille quitte précipitamment sa maison.
Trois hommes armés se détachent d'une troupe pour vérifier leur maison. Paniqués les membres de la famille arrivent à la lisière d'un bois. Juste à cet instant un petit garçon s'arrête net et se retourne vers la maison au loin. Son père continuant à courir l'appelle mais le petit garçon fait demi-tour vers la maison. Le père hurle mais le garçon arrive à la maison.
Des coups de feux éclatent, des hurlements, le petit garçon se plaque contre le mur de sa maison. A la lisière du bois tout le monde a disparu. Les trois hommes armés entrent dans la maison. Le petit garçon entre dans la même maison par une fenêtre ouverte. L'un des hommes fait le geste pour ouvrir la chambre. Le petit garçon fouille sous son lit et en sort un paquet enveloppé qu'il serre fort contre lui. Des cris retentissent du coté du bois, les trois hommes se ravisent et sortent de la maison.
Le petit garçon regarde discrètement par la fenêtre, il voit toute sa famille sortir du bois. Une troupe les met en joue et un par un, le petit garçon voit les membres de sa familles tombés à terre... Le petit garçon glisse sur le sol et pleure en silence en serrant contre lui son précieux paquet.
Se dirigeant vers la musique, notre homme remarque que les corps commencent à évoluer, leur teint devient livide. En les touchant il constate qu'ils refroidissent et que leur peau n'est plus aussi souple. Il grimace car l'odeur aussi a changée. Une odeur fétide commence à envahir l'atmosphère. Il recule et porte sa main à la bouche. La musique continue de déverser ses notes langoureuses. Il reconnaît maintenant l'instrument utilisé.
C'est un doudouk : l'instrument le plus répandu en Arménie. C'est une flûte à grosse anche de roseau aplatie à l'extrémité et creuse, ayant 8 ou 9 trous plus un en-dessous. Le son en est grave et chaud, rappelant un peu celui du cor anglais ou du registre bas de la clarinette, mais infiniment plus velouté. La plupart des airs joués sur cet instrument rendent une atmosphère assez triste. La musique donne un air encore plus sinistre au spectacle. Au milieu de la rue, notre homme semble être au milieu de la seconde guerre mondiale, dans une ville dévastée. Alors, le souvenir d'un homme lui revient dans son enfance...
Notre homme est un petit garçon de six ans, il est debout face à un homme âgé assis sur une chaise.
- Tu sais mon garçon, il va falloir être fort car la vie est extraordinaire. Un jour tu feras un curieux voyage et tu trouveras la source de ta propre vie. Ce jour-là... tu pourras enfin vivre... Et ce jour-là tu pourras aussi évoluer... Souviens-toi de cet instant, car tu douteras de tout. Le vieil homme prend alors un instrument et commence à jouer un air mélancolique mais d'une beauté étonnante. C'est ainsi qu'il a découvert le doudouk.
Au milieu de la rue, notre homme regarde tout autour de lui en essayant de comprendre.
C'est quoi, une sorte de cauchemar initiatique ? Ou bien je suis vraiment dingue.
Il se met à crier : « C'est ça, je suis fou ! Trop fou pour mourir ! Alors allez tous vous faire foutre avec votre cauchemar! J'ai pas envi de jouer ! »
A la fin de sa phrase un bruit de verre cassé retentit. Juste-là, un peu plus loin, dans la même direction que la musique... Il regarde anxieusement cette maison blanche aux volets bleus. La porte est entre-ouverte.
La voix du vieil homme résonne en lui « Souviens-toi de cet instant car tu douteras de tout »