S C E N A R Y O
  episode 21
 
L’HOMME A L’ENVERS
épisode 21
AUX FRONTIÈRES DE LA FIN

C’est dans les limbes d’un cerveau en décomposition que l’histoire commence. Dans cette fabuleuse machine à vivre, cette infernale machine à découvrir, à inventer et à rêver, que notre cervelle va diriger ainsi le pouvoir de toute une destinée. Mille cinq cent grammes d’un cortex cérébral en ébullition, une soupe de myéline en fusion qui fera de ces synapses, des connexions parfaites. Le psycho affectif planant au dessus du psycho moteur, l’un et l’autre dansant avec le pouvoir de son opposé. C’est l’histoire de la construction du mental et du social, l’enfance, l’adolescence, l’expérience, la conscience et l’inconscience. Chef d’orchestre d’un corps qui sera notre enveloppe, notre cerveau avec ses cent milliards de cellules nous fera naviguer vers cette douce frontière entre tangible et mythique. A chaque âge et à chaque micro seconde de nos petites vies, il ne cessera jamais d’évoluer et d’enregistrer pour adapter notre comportement à cette espèce de potage, passé, présent, futur.

 

Dissimulée dans notre boîte crânienne, c’est ici que débute l’aventure de L’homme et son envers. Alors pourquoi cette matière si noble est-elle en décomposition ? Et si tel est le cas, comment l’homme qui habite cette carcasse est-il encore en vie ? Deux questions simples pour un raisonnement lourd de conséquences.

 

A la première question, si la matière est en décomposition, c’est que l’homme a frôlé la mort pour en avoir été habité pendant des semaines. Son corps fatigué, usé par la déchéance des souvenirs, a vécu avec la mort pour en connaître maintenant les odeurs, la saveur, et les sons. Durant ces jours d’une lente décrépitude, trente kilos ont fini par se transformer en lointaines mémoires d’une vie opulente. Une marque s’est consumée en lui. Un voyage initiatique et la faiblesse d’un amour qu’aucun homme ne peut oublier ont fini de le bousculer dans une maigreur mortelle. Et le cerveau s’est ainsi déconnecté, il s’est défait de la réalité, formatant les neurones pour en effacer et en proscrire les effets électriques. Un cerveau dans un état de mort imminente. Encéphalogramme plat, alors que des micros explosions ont fait vivre une nouvelle conception de l’échange. Imperceptiblement, dans cette désintégration intérieure, l’extérieur a pris brutalement une place prépondérante.  Et dans cette mort latente, une sorte de survie est venue hanter la raison de notre homme. Les mots entendus hier ont coulé comme une prière pour apprendre à nouveau à respirer. Des mots d’un voyage que cet homme-là avait entendus par hasard… Vous savez ce drôle de hasard qui nous pousse dans une direction alors que notre logique nous renvoie ailleurs. Hasard troublant devient très souvent hasard vivant. Et le cerveau s’est mis à battre comme pourrait le faire un cœur, prenant le contrôle d’une destinée pour réparer une erreur de l’humanité…

 

Comment est-il encore en vie ? La réponse peut vous paraître affligeante mais c’est dans cette mort-là que la vraie vie s’est insufflée en lui. C’est dans la douleur de se voir se décomposer qu’il est devenu un autre lui. L’homme d’hier était toujours en lui, comme le reflet dans le miroir. Les souvenirs toujours présents mais avec une nouvelle culture et une autre façon d’agir, l’envers avait indubitablement pris le contrôle…

 

Et si les planètes n’avaient pas répété durant des millions d’années le même scénario, jamais un homme comme lui n’aurait pu y arriver. Les planètes l’ont fait, l’homme y est donc arrivé ! C’est dans le ballet de l’infiniment grand que s’est construite cette histoire et Maître Hasard s’est chargé juste du reste.

 

Si l’homme et son envers existent, il faut avant tout espérer qu’il n’est pas seul sur cette terre, car avant toute chose, il n’est pas et ne sera jamais immortel. Il n’est pas non plus supérieur, tout juste différent, comme pourrait l’être un enfant qui ne colorie ses dessins qu’avec la couleur bleue. Il est peut-être arrogant, il est peut-être même insultant, mais il apprend à changer ses anomalies pour remettre en place chaque sentiment. Il vous regarde avec insistance et il aura pourtant beaucoup de mal à vous parler. Si le dialogue n’est pas son fort, il vous faudra bien trouver une façon de communiquer avec lui. Il n’existe aucune bonne manière de faire avec lui et ce qui « marche » une fois s’avèrera fatale la fois suivante. Ce n’est ni un jeu, ni le pouvoir d’un devenir car c’est bien plus que tout ce qui fera votre avenir. Et la seule chance que vous avez de croiser sa route, c’est de pouvoir évoluer, sans obligatoirement passer par la case souffrance d’une agonie encéphale. C’est aussi méchant et sans logique que le pile ou face car vous pourrez tout aussi bien vivre la démence d’une fin tragique. Avec cette réplique tout aussi célèbre qu’idiote quand quelqu’un meurt : « c’est la vie » !!! Il va bien falloir revoir vos copies car la vie pourrait bien être aussi autre chose. Si la mort « c’est la vie », alors quelle sera l’étiquette que vous poserez sur vos vies ?

 

Je croyais avoir du mal à « regarder » les vies qui défilent devant vous. Leila en fuite d’une vie misérable, Naïm et ses mains rouges de violence, Diego dans la jeunesse de l’espoir, Mag et son ami l’arbre, Amy et ses yeux enchantés… et j’ai oublié de vous « raconter » la vie de celui qui nourrit mon essence, j’ai tellement oublié qu’il est en train de s’éteindre…ainsi je peux aussi prendre une vie sans m’en apercevoir. Celui là plus que tous les autres ne doit pas mourir car c’est tout un château de cartes qui s’effondre dans l’abîme de son art. Pourtant je ne veux pas vous dire qui il est. Je pense à lui. Je pense à sa vie. Je vais le respecter pour faire de lui une identité présente et ne surtout plus l’écarter de cette danse magique et un jour, je vous ferai « voir » sa vie et ce qu’il m’a donné pour que je puisse prendre à mon tour.

 

Toute souffrance a son origine dans un désir. Ce n’est pas si facile à investir et à comprendre. Notre désir est la base même de nos souffrances, nous voulons toujours atteindre la substance de ce désir. Tout comme nos rêves nourrissent nos désirs, ils sont la source de ces souffrances à ne pas pouvoir l’atteindre. Mais où est notre âme dans tout ceci ? Désir, pouvoir, souffrance, rêve, toutes ces choses invisibles qui remplissent notre cerveau et qui élèvent notre âme. Quand le cerveau se décompose pour se régénérer, quel est le chemin de notre âme ? La frontière de l’un et l’autre, l’interaction de l’un sur l’autre, le cerveau est une entité matérielle quand l’âme reste invisible et intouchable. Et dans cette confusion, qu’est ce qui nous touche le plus, l’âme ou le cerveau qui dirige l’homme ?

 

Maintenant vous pouvez regarder les images d’un monde qui se déroule devant vous. Les catastrophes et leurs lots mortels, les inventions durant les derniers siècles, la géopolitique, la philosophie et ce grand n’importe quoi qui fait notre quotidien. Il ne s’agit plus d’engranger des tonnes d’informations pour n’en retenir qu’un spectacle sans lendemain et sans conséquences. Vous pouvez éteindre la télévision, vous pouvez prendre vos pilules pour dormir, vous pouvez tout aussi bien grimper au dernier étage d’une tour pour en finir avec la vie, vous savez qu’au fond de vous, vous avez tort. Cette douce musique en vous est l’un des meilleurs préceptes pour en comprendre et en accepter la vérité. Humain oui, mais tout dépend de vous pour demain.



 
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