Comme le dit la chanson de Michel Berger « je suis libre dans ma tête ». Libre et pourtant si étriqué dans mon cerveau d'être humain, je vis dans cette étonnante rivalité entre liberté et séquestration comme si mon esprit était enfermé.
Je m'appelle Diego, je suis né dans le parc de Stone Mountain non loin de cet immense bas relief sculpté dans le granit, le 18 août 1993, et je viens donc d'avoir 14 ans. Vous vous demandez peut être comment un petit américain perdu au fin fond de sa terre natale connaît ce chanteur Michel Berger... c'est tout bête je rêve de venir en France, j'ai d'ailleurs appris le français pour pouvoir découvrir ce pays. Un jour je suis tombé sur cette chanson « Diego » et j'ai su que j'apprendrais la langue et que je viendrais en France. C'est bien plus qu'un simple rêve... c'est une évidence vitale !!! J'ai seulement 14 ans mais j'ai l'impression d'avoir déjà tant vécu, j'aime lire, je dévore deux à trois livres par semaine et j'ai un QI supérieur à la moyenne, ce qui bien sûr ne veux rien dire mais qui me vaut bien des soucis avec la majorité des bouseux du coin.
Ma maman s'appelle Rose Marie et mon père « l'homme invisible » je l'ai croisé une fois sur mon chemin, il a tourné la tête, j'ai serré les dents et j'ai pleuré plus tard. Cette maman-là, je l'aime plus que tout au monde et j'aurais bien du mal à partir en la laissant derrière moi... disons que je reviendrai...
Cet été j'ai vu la mort en face. Je me promenais, l'esprit ailleurs, un peu absent, passionnément rêveur et puis là, devant moi, sur ce lac, j'ai vu cette forme humaine flottante. J'ai cru à une mauvaise plaisanterie, un mannequin jeté là pour me faire peur. Le style de débilité que mes soi-disant amis sont capables de faire pour se moquer de moi. Sauf que là, en m'approchant j'ai vu cet homme devant moi, les bras en croix sur l'eau, les yeux grand ouverts. Des yeux pleins d'effroi et de terreur, des yeux qui ont souffert, des yeux qui ont vu la mort, une mort aussi bête qu'atroce, la noyade ! J'ai appris plus tard que le pauvre bougre avait trop bu et une envie pressante lui a fait perdre l'équilibre. Fin de vie. Destinée stupide massacrée par l'alcool. Nous sommes tous à la merci d'un virage brutal... Les yeux de cet homme dans les miens, moi figé comme si le temps s'arrêtait, une gigantesque claque à la routine quotidienne, je suis resté un moment dans un état second, un peu ailleurs. Lui oscillait doucement au rythme des vaguelettes, bouffi par son séjour dans l'eau, le teint sombre, la peau déformée par ce début de putréfaction et l'odeur qui vous saute dessus pour ne pas vous quitter durant de longues heures. Le soir en voulant m'endormir, j'ai vu ses yeux terrifiés, terrifiant.
La mort n'est rien d'autre qu'un élément tangible à la vie mais quelque chose me dit que la mort est surtout un élément positif à la vie. Je suis de ceux qui n'ont aucune croyance en un dieu préétabli, mes pensées divaguent plus vers une sorte de force commune, comme si les personnes étaient branchées les unes aux autres. Ma philosophie « nous sommes tous Dieu »
Amen !!! L'homme à l'envers que je suis, pourrait quasiment faire une révérence devant tant d'abnégation mais j'ai bien d'autres chats à fouetter avant de me prosterner devant ce Diego-là. Que dire de plus devant tant d'ouverture, je pourrais passer mon chemin et faire semblant de ne pas avoir « entendu » mais je trouve cette philosophie-là bien plus évocatrice que tous ces dogmes et pseudo célébrations chrétienne, Jéhovah ou autres mormons n'ont qu'à bien se tenir, perdus dans le moyen âge d'un temps qu'il aurait été bon de suivre au lieu d'abandonner. Nous sommes tous Dieu, voilà une théorie bien intéressante pour un jeune en construction qui cela dit semble plus évolué que beaucoup d'entre nous. Alléluia! Le règne humain serait-il dans une évolution positive ? Mon cher Diego, te voilà sur la liste de ceux qui, selon ta jeune sagesse, seront branchés à cause ou grâce, allez donc savoir, à leur faille numérique. D'ailleurs j'ai bien du mal à trouver la tienne. Petit être intelligent tu dois bien en avoir une, non ?
Aujourd'hui j'ai passé la journée dans mon lieu de prédilection : la bibliothèque. Depuis l'âge de six ans je viens ici chaque semaine. Par prétention je pourrais vous dire que j'ai tout lu. C'est presque vrai, j'ai ingurgité tant de mots, de pages et d'ouvrages que même la totalité des six mille âmes de ma ville ne pourraient jamais - oui je suis orgueilleux aussi - ne pourraient jamais rattraper ma soif de lire. Pendant les trois premières années j'ai payé mon petit abonnement pour pouvoir prendre tous les livres que je souhaitais puis, vu mon engouement, la bibliothèque dans sa magistrale générosité m'a exonéré de tout paiement par la suite. Madame Raylington m'offre régulièrement ses cookies que je consomme quelque soit la qualité avec un sourire évocateur. Madame Raylington est la responsable de la bibliothèque, ce qui pour moi devrait être suffisant pour être la personne la plus importante au monde après Maman. Mais elle est aussi la mère de Nadillia, brune, 14 ans comme moi et des yeux qui font de moi un parfait couillon. Mon coeur a explosé environ cinquante millions de fois en passant à coté d'elle mais je n'ai jamais réussi à lui dire quoi que ce soit sur mes sentiments. Avec toutes mes lectures je n'ai jamais trouvé de bonne méthode pour lui exprimer mon amour. Nadillia, dans tes petits yeux d'un vert que chaque fleur voudrait connaître, dans ton sourire foudroyant que je souhaiterais goûter, je rêve de toi, et pourtant un jour je partirai en France... un peu sans toi...un peu avec toi...
Je m'appelle Diego, et du haut de mes quatorze ans, je vais parcourir des milliers de kilomètres sans vraiment savoir comment ni pourquoi. Je sais simplement que je dois le faire !
Je suis l'homme à l'envers et certains d'entre vous m'ont déjà jugé sévèrement, peut-être à cause de mon arrogance, peut-être parce que je suis celui qui aura une emprise sur vous, or cela vous fait peur d'imaginer que vous êtes sous influence. Pourtant ce que je ne vous ai pas dit c'est qu'à chaque instant où vous risquerez votre vie, à chaque moment de votre misérable existence où vos coeurs se déchireront pour des passions impossibles... Moi, l'homme à l'envers, je souffrirai un martyre de ne pas avoir assez d'emprise sur vous. Le but de tout ceci, c'est cette fabuleuse et mystérieuse pièce du puzzle qui vous manque et que je ne vous donnerai pas car, premièrement vous n'arriverez pas à y croire et deuxièmement, je ne suis pas assez fou pour divulguer mon secret.