Je vais refermer la portière de ma voiture. Je vais tourner la clef de contact. Je vais enfoncer la pédale de l'accélérateur. Pendant quelques minutes dangereuses je vais vider mon esprit. Les vitres ouvertes, l'air frais me fouettera le visage, et je serai assez dingue pour me débarrasser de mon téléphone dans un virage, j'aurai peut-être la chance de le voir dans le rétroviseur exploser sur le goudron. Je mettrai la musique à fond, un U2 fera très bien l'affaire, et d'un seul coup je deviendrai une femme libre. Libre !!! Après ce petit coup d'adrénaline je fumerai une bonne cigarette et, si après ça, je n'arrive pas à prendre une bonne décision c'est que je ne suis pas dans un bon jour.
Je sens bien que c'est possible. Suffit d'y croire un peu ! Je ne vais tout de même pas continuer toute ma vie à me pourrir l'esprit avec tout un lot de dégénérés au boulot qui ne voient que par le rendement et l'augmentation du capital. Le fric, toujours le fric, avec cette saveur froide et même pas agréable, juste l'argent pour en avoir plus et plus vite que son voisin de bureau...
Je m'appelle Mag et ne croyez pas qu'il s'agit du diminutif de Magalie. Non, juste Mag, juste trois lettres. Un prénom strict, rapide, comme une virgule dans une vie, un prénom simple, clair et sans détour. Mag ! Je ne sais pas ce qui est passé par la tête de mes parents mais c'est leur choix. Mag est d'ailleurs passé sans problème à l'état civil. Je m'appelle Mag et je trouve que cela me va bien dans ma vie. Je suis née le 17 janvier 1975, j'ai 32 ans et une sacrée cicatrice sur le bas du ventre. Trois enfants, trois césariennes, trois souffrances différentes, trois amours singuliers et un papa qui est l'homme de ma vie... sauf que j'ai cette drôle d'impression qu'il est l'homme de ma vie passée.
Depuis quelques mois j'alimente un blog avec des blessures cachées, des obstinations révélées, quelques petites vérités juste histoire de ne pas envoyer valdinguer le monde entier. Mon blog s'appelle Fanzine & Mag et je passe tout les jours pour me promener sur cette toile faite de bloggeurs tout aussi déglingués que je peux l'être dans mes pires moments. J'y dépose des articles plus ou moins fréquemment mais par contre je réponds aux commentaires d'une manière très assidue, c'est plus un besoin qu'un devoir. Pendant ces quelques minutes journalières je n'ai plus de problèmes, c'est mon espace temps qui m'est alloué pour vivre autre chose. Je n'attends rien de tout ce fouilli artistique, non c'est juste un instant d'ailleurs.
Demain matin j'ai rendez-vous avec mon boss, je vais essuyer quelques reproches, je mettrai un joli tailleur genre « coinçouille » pour être dans la peau de la croqueuse d'argent que je ne suis pourtant plus... l'ai-je été un jour d'ailleurs ? Demain matin dans mon déguisement je vais faire semblant juste une dernière fois.
Bonjour... je suis l'homme à l'envers, je vous ai manqué je crois ? Ne faites pas semblant, je vois bien que je vous ai manqué. Mais c'est trop tard, je vous avais prévenus, cette emprise coule déjà dans vos veines comme le poison cancérigène que vous imaginez. Vous avez peur de moi et je préfère qu'il en soit ainsi. Le goût et l'odeur du sang n'est pas quelque chose que je vous recommande. Vous pouvez me croire sur parole. Et si vous êtes déjà accro c'est donc que les choses s'opérent correctement.
Regardez Mag, elle croit être prête à prendre une décision alors qu'elle va commettre une erreur... enfin je crois. Je suis comme vous, je n'en sais pas beaucoup plus. Pourtant ce goût et cette odeur planent au dessus d'elle... vous ne trouvez pas cela macabre d'imaginer tout ce sang s'échappant d'une carcasse qui va mourir? Oui je sais, j'entends déjà vos critiques me concernant. L'homme à l'envers joue avec nos vies et se moque de nos douleurs, jusqu'à vouloir notre sang comme récompense. Au diable vos croyances, vos vaines espérances et médiocres délivrances si telles sont vos réflexions! Je n'en ai que faire et vous abandonne dans un jugement encore et toujours bien trop humain.
Tenez, quelquechose qui est à votre portée, histoire de retrouver une once de discernement objectif, vous allez faire ce que je vous propose ! Vous allez vous débrouiller pour écouter le Piano Concerto n°2 de Rachmaninov. Vous allez fermer les yeux et vous allez ressentir cette émotion du début. Cette petite fièvre qui montera en vous c'est un peu de moi que je vous donnerai. On peut être homme et à l'envers en restant un amateur d'art.
Je suis l'homme à l'envers et je vais laisser Mag monter dans sa voiture. Elle passera chaque vitesse pour atteindre une frénésie irréelle, tellement irréelle que les pneus risquent fort de ne plus jouer le jeu de l'adhérence... Pourquoi je le sais, voilà une bien vaste question. Je vous l'ai dit, je préfère rester dans l'ombre pour l'instant. C'est mieux pour vous et vital pour moi.
Il y a bien des raisons qui pourraient me faire arrêter cette emprise sur vous et souvent je me dis que je ferais bien d'aller voir ailleurs... mais ailleurs cela ne peux pas être pire que vos petites vies: un interrupteur pour allumer la lumière, un robinet pour faire couler de l'eau, des placards remplis de nourriture, des vêtements à ne plus savoir qu'en faire et vos pauvres et misérables failles numériques de plus en plus nombreuses. Manipulation quand tu nous tiens, non finalement à quoi bon vous laisser tomber puisque s'il existe plusieurs raisons de le faire, il n'en existe qu'une seule et unique pour continuer cette impérieuse influence. Il m'a fallu bien du temps pour maîtriser et contrôler l'être humain alors je ne vais certainement pas vous dire cette seule raison qui fait de moi ce joueur passionné.
L'homme à l'envers vous salue bien car il se trouve qu'il doit sortir du noir. En effet je dois expérimenter une idée qui m'a assailli durant les dernières heures. Les meurtriers traquent leurs proies, les amants leurs maîtresses, les enfants leurs désirs d'être... Alors suis-je un meurtrier, un amant ou un enfant, ou bien encore un peu des trois? Je suis, et c'est bien là votre dilemme car je me rapproche de vous, et vous ne pourrez pas faire grand chose pour éviter notre contact !