S C E N A R Y O
  episode 9
 
L'HOMME ET SON ENVERS
épisode 9
UN VENIN UN DESTIN
 
Opus 1
 


J'ai deux solutions : soit je me flingue pour arrêter de faire souffrir mon corps, soit je pousse ma vie à devenir éclatante. Cela peut paraître étonnant comme choix mais c'est ce que j'ai dans la tête depuis plusieurs jours. Je n'arrive plus à penser, je n'arrive plus à vivre, je suis en train de m'éteindre, je suis comme en train de mourir. Et le pire c'est que je ne fais rien pour faire changer cette destinée déchirée. Pourtant dans ma cervelle fatiguée y'a une idée bloquée, je là sens en moi, elle me fait mal et mes maux de tête m'empêchent de faire le point. Toujours ce choix terrible, le flingue ou la vie éclatante, l'un ou l'autre, pourquoi j'ai peur de choisir... pourquoi j'ai peur de dire « je veux une vie éclatante » Hein pourquoi ? Je vais vous le dire, parce que j'ai trop déconné avec ma vie, je l'ai massacrée, j'ai transformé mon corps et j'ai tout perdu autour de moi, mes amis, mes parents et le simple goût de pouvoir me regarder en face. Vous me direz que je n'ai pas de flingue, c'est vrai, mais j'ai bien pire que ça et si j'ouvre le petit tiroir qui m'obsède... Si je l'ouvre, je meurs ! C'est aussi simple que ça, et pourtant je suis déjà morte plusieurs fois. Je me sens totalement partir, tout s'éteint autour de moi et mon corps ne m'appartient plus, il devient vide et je suis ailleurs, libre, morte et vivante à la fois. Voilà ma putain de vie !!! Et vous croyez encore que je suis une fille qui a un avenir ?

Amy sort de son lit, la petite pièce unique de son studio est en désordre, un mélange de vie de plusieurs jours. Habillée d'une simple culotte, elle va se passer de l'eau sur le visage à l'évier puis elle s'essuie avec un vieux torchon. Son visage est émacié et son corps fait peur à voir. Amy a la mine d'une jeune fille qui se détruit de plus en plus. Elle jette un nouveau coup d'oeil au petit tiroir de sa table de nuit et finit par envoyer une bouteille de bière à moitié vide dessus en criant.

« Laisse-moi vivre. Merde !!! Laisse-moi au moins choisir, juste encore un peu, croire que je peux dire oui à la vie...juste avant de mourir encore et encore »

Amy enfile un jeans et un tee shirt puis elle sort de son studio pour fuir sa volonté d'ouvrir le tiroir. Elle ferme à clé et s'échappe en vitesse. Dans la rue elle cache ses yeux, le soleil lui rappelle qu'elle a mal à la tête. Elle s'allume une cigarette et juste avant d'entrer dans un bar, quelqu'un l'agrippe par le bras avec violence. Le type a l'air tout aussi paumé qu'elle : « Amy file-moi quelque chose s'il te plaît... ». Elle le repousse brusquement et le jeune homme tombe sur le sol. Amy entre et s'installe à une table en commandant un café.

Il y a des hommes qui battent leurs femmes, et pire encore, il y a des gens qui le savent et qui ne font rien. Nous supportons cette monotonie du désespoir avec une facilité qui me fait vomir. Qui est à plaindre? Celui qui donne les coups, celui qui les reçoit ou celui qui se tait ? Qui est coupable ? Je vais vous dire celui qui me débecte le plus, c'est celui qui sait et qui ne fait rien. Celui qui laisse tomber ces coups sans rien dire. Et c'est d'autant plus facile pour moi, l'homme à l'envers, de haïr celui qui s'est enfermé dans son silence car je suis celui-là... The show must go on et la vie continue. Et avant de devenir complètement cet homme à l'envers, je savais qu'il fallait que je réagisse, quitte à perdre ce que j'avais de plus cher. J'ai réagi, et j'ai perdu. Ainsi va ma vie d'homme, je paye cher mes actions positives. Je vous l'ai déjà dit mais comme d'habitude vous ne m'écoutez pas.

Ce qui nous arrête et nous freine dans nos décisions c'est notre jugement à l'emporte-pièce. Celui qui frappe sa femme est devenu misérable aux yeux de tous. Coupable, misérable et minable, c'est ma foi vrai, mais si nous voulions creuser un peu plus notre jugement nous pourrions voir des tourments et une torture cérébrale dans celui qui donne les coups. Cela le rend-il moins coupable ? Non ! Cela le rend juste plus humain ! Vous croyez quoi, que j'essaye de défendre celui qui est devenu une brute ? Alors vous êtes devenu insensible et stupide, et je vous plains car entre cette insensibilité et la capacité à lever la main sur quelqu'un, il n'y a pas beaucoup d'écart. Je réhabilite la nature à redevenir humain, j'ouvre vos yeux et vous savez mieux que moi que vous possédez l'arme infaillible pour choisir de ne pas me suivre. Le libre arbitre. Cette chose qui fait de vous des êtres vivants libres. Libre de faire n'importe quoi de vos vies !!! Vous pouvez me tourner le dos et penser que je suis fou. Mais vous pourrez toujours m'éviter, je serai toujours là !


Alors le beau parleur que je suis vous fait la morale en vous disant c'est mal de battre sa femme, et c'est vilain de ne rien faire pour éviter d'être de pauvres autruches idiotes qui tant bien que mal maquillent la vérité pour vite tourner la page, et oublier cette violence gratuite. Vous me prenez encore pour un simple d'esprit ? Vous croyez peut-être que je vais vous servir la réponse à vos petits problèmes pour vous éviter d'avoir à justifier vos choix? Je ne vous donnerai qu'un seul et unique conseil qui vaut de l'or dans cette situation pourrie de la femme battue. Posez vous des questions ! Oui, demandez vous comment réparer cette injustice. Se poser des questions, c'est le tout début et cela va permettre à celle qui reçoit les coups d'avoir enfin une identité. Mais ne vous arrêtez pas en chemin tout comme le font ces politiciens qui sans vergogne ne font que dénoncer, sans jamais aller plus loin. Faites-le et faites-le vite car il y a des sourires qui se meurent dans une obscurité douloureuse.

Fumer dix cigarettes les unes derrière les autres en buvant plusieurs cafés, Amy sait faire. Prendre une décision, une vraie en ne faisant pas de son libre arbitre un frein à sa vie, là c'est beaucoup plus dur. Quelle est donc cette idée coincée dans les tréfonds de son âme? Quelque chose en elle voudrait sortir et lui dire : « Regarde, elle est là la destinée, c'est d'une simplicité débordante c'est là, juste à coté, tu dois sortir et regarder. Ouvrir les yeux et voir autrement. Tu sais comme des fois quand ton esprit s'échappe et que les images deviennent si belles dans ta tête. Juste un doigt et des yeux d'une beauté qui te font pleurer » Alors comme tu n'arrives pas à trouver ton chemin, je vais te faire mal...

Amy sort du bar avec cette idée obsédante, sa vigilance s'en est allée, seul son esprit tente d'analyser cette envie qui brûle en elle. La caféine et cette molécule qui se cachent dans le tabac masquent son mal de tête, et les essences d'une nouvelle vie cachée derrière une décision n'oppriment plus son cerveau. Elle semble chercher mais ne voit rien autour d'elle qui pourrait répondre à sa destinée future. Pourtant c'est là, à quelques mètres d'elle, comme une évidence de son esprit effacé. Là, dans une simple vitrine, le souvenir d'un tout petit moment de sa vie, quand les choses étaient plus faciles à "écouter". Toute petite fille se laissant aller au rêve "d'être" et du "devenir". Pourquoi ce souvenir qui est le tien ne peut remonter aujourd'hui, alors que tous les éléments le permettent...


Et soudain, je ne sais si c'est la lueur du soleil qui l'éblouit encore ou si c'est son esprit qui disjoncte mais, comme un animal qui ressentirait des vibrations dans son abdomen, elle semble esquiver une attaque. Pauvre geste si maladroit qu'elle se protège du mauvais coté, tout en perdant déjà l'équilibre... Alors quand le coup arrive, quand le poing atteint son visage, quand son arcade sourcilière explose, Amy a déjà sombré ailleurs.

Ainsi va ma vie d'homme, moi je paye cher mes actions positives quand vous payerez cher vos instantanés négatifs.


 
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